John Van Den Plas
Comme mon nom ne l’indique pas, j’ai grandi entre le Zaïre et la Belgique, avec un papa métis et une maman marollienne. Ce qui fait de moi un echte Zinneke !
Regarder le monde autrement
Le parcours de John Van Den Plas est à l’image des matières qu’il enseigne : ouvert sur le monde, nourri par les rencontres et traversé par les cultures. Enseignant en Management du tourisme et des loisirs à l’EPHEC depuis un peu plus de 10 ans, il partage aujourd’hui avec ses étudiants son regard d’anthropologue, de chercheur et de voyageur.
Sociologie des loisirs et du tourisme, anthropologie, géopolitique… ses cours invitent les étudiants à observer autrement les sociétés, les pratiques culturelles et les réalités humaines qui se cachent derrière les secteurs du tourisme et des loisirs.
Avant d’enseigner, John a lui-même suivi un bachelier en Management du tourisme et des loisirs à Bruxelles. Après plusieurs années de voyages et de travail dans le tourisme, il reprend un Master en anthropologie à finalité didactique à Liège. Une nouvelle étape dans un parcours déjà marqué par la découverte, le mouvement et le goût de la transmission.
De la gymnastique à l’enseignement supérieur
L’enseignement fait partie de son histoire depuis longtemps. Très longtemps, même. John donne cours depuis l’âge de 15 ans. D’abord dans le sport, à travers une formation ADEPS en gymnastique acrobatique, puis plus tard dans le champ des sciences sociales.
À 30 ans, il décide de passer l’agrégation. C’est ensuite à la suite d’une conférence donnée dans son ancienne haute école que l’opportunité de rejoindre l’enseignement supérieur se présente.
Son ancien professeur, Thierry Marres, lui confie alors qu’il part bientôt à la retraite et qu’il le verrait bien prendre le relais. Une phrase, un déclic, et une trajectoire qui se dessine progressivement vers l’EPHEC.
Un quotidien entre cours, recherche et terrain
Difficile pour John de parler d’une journée type. Son temps se partage entre l’enseignement, la préparation des cours, la veille liée à l’actualité et plusieurs projets de recherche menés en parallèle.
Chaque année, il consacre plusieurs semaines à des études de terrain dans la baie de Taghazout, près d’Agadir, pour comprendre l’impact de l’économie du surf sur les communautés locales et participer à des réflexions stratégiques autour de l’aménagement du territoire dans la Région du Souss Massa.
Il pilote un projet de renforcement de capacités d’une école supérieure de Management du tourisme et d’hôtellerie, dans le cadre de la Commission Mixte Permanente WBI-Bénin. Prévu de 2024 à 2028, ce projet l’amène à préparer les missions à distance, mais aussi à se rendre sur place.
Il mène également une enquête auprès des étudiants de l’EPHEC afin de mieux comprendre leurs profils sociologiques et culturels. Pendant deux mois, il est allé à leur rencontre dans les classes et auditoires des blocs 1 et 2, sur les différents sites de l’EPHEC.
« L’an prochain, j’attaque les profs », glisse-t-il avec humour.
Décortiquer le monde avec les étudiants
Ce que John aime le plus dans son métier, c’est le sens qui se cache derrière les projets de recherche, mais aussi la relation construite avec les étudiants autour de sujets parfois complexes, sensibles ou très personnels.
Dans ses cours, il aborde des thématiques comme le rapport au temps, à l’espace, à la mort, au magico-religieux ou encore aux discriminations. Des sujets qui permettent aux étudiants de questionner leurs propres repères, mais aussi de mieux comprendre ceux des autres.
Les travaux demandés aux étudiants occupent une place importante dans cette démarche. Certains doivent réaliser des interviews avec des personnes qui ont abandonné leur culture pour la Belgique. D’autres vont plus loin encore, en s’immergeant dans des lieux de culte.
Pour John, ces moments donnent souvent lieu à des découvertes fortes. Beaucoup d’étudiants en viennent à explorer l’histoire de migration d’un membre de leur famille ou de leur entourage. Une manière de relier la matière à des parcours de vie concrets.
Transmettre un autre regard
Au-delà des contenus enseignés, John espère transmettre une posture : celle du décentrement. Apprendre à regarder le monde, les autres et les réalités sociales en sortant de son propre cadre de référence.
Cette volonté de faire évoluer les regards est aussi ce qui le rend particulièrement fier dans son métier. Pour lui, entendre un simple “merci” à la fin d’un cours ou après un travail est déjà une belle récompense. Mais ce qui le touche surtout, c’est de voir certains étudiants partir d’idées reçues sur d’autres cultures, religions ou visions du monde, puis évoluer vers davantage de tolérance.
Son enseignement cherche aussi à sensibiliser les étudiants aux injustices structurelles présentes dans les secteurs professionnels dans lesquels ils évolueront demain. Comprendre ces mécanismes, c’est déjà commencer à agir pour les réduire.
Garder le sens de la mission
John parle de son métier avec beaucoup d’enthousiasme. Il dit adorer son job et essayer, chaque jour, d’honorer le serment prêté lors de son agrégation en sciences sociales.
Mais il observe aussi les défis qui traversent aujourd’hui l’enseignement : changements générationnels, évolutions technologiques, transformations organisationnelles… Face à cette vitesse, certains enseignants peuvent parfois perdre le sens de leur mission.
Lui préfère miser sur l’échange, le collectif et la bonne humeur. Avec une ambition simple : rappeler, parfois autour d’un café, ce qui rend ce métier aussi essentiel. Et pourquoi pas faire revenir quelques collègues dans “l’équipe des profs trop cool”, comme disent les étudiants.
Les Zinneguides, des récits de migration au cœur de la capitale
En dehors de l’EPHEC, John a fondé il y a près de dix ans les Zinneguides. Le concept : faire découvrir Bruxelles à travers des récits de migration, portés par des guides eux-mêmes issus de l’immigration.
Ces visites permettent de parcourir la capitale autrement, en allant à la rencontre de quartiers, de trajectoires humaines et d’autres zinnekes bruxellois. Une démarche qui prolonge naturellement son intérêt pour les cultures, les récits de vie et les dynamiques sociales.
Récemment, John a également accompagné des Boursiers Erasmus de l’EPHEC lors d’un parcours dans le centre de Bruxelles, autour des luttes sociales qui ont marqué ce quartier emblématique.
Un enseignant voyageur, mélomane et ancien breakdancer
En dehors du travail, John reste animé par le voyage, avec un attrait particulier pour l’Afrique. Il aime aussi la musique soul et hip-hop, ainsi que les sports acrobatiques, même si son dos lui rappelle aujourd’hui que les années passent.
Au secondaire, il a été envoyé aux olympiades de latin. En parallèle, il faisait des shows de breakdance dans les rues de Bruxelles… et d’Italie.
Il a aussi longtemps hésité à devenir vétérinaire avant d’approfondir l’anthropologie animale pendant ses études à Liège.
Ce qui l’inspire au quotidien
Lectures inspirantes
John recommande Jacaranda de Gaël Faye, ainsi que Ma vie avec les chimpanzés de Jane Goodall. Deux ouvrages qui font écho à son intérêt pour les récits humains, les cultures et le rapport au vivant.
Côté écran
Parmi les séries à ne pas manquer, il cite Marco Polo et The Chosen.
À suivre
Pour continuer à nourrir son regard sur le monde, John recommande notamment la chaîne YouTube Les Possédés et leurs mondes, le podcast Géopolitique de Pierre Haski, sa chaîne YouTube Le Monde de Pierre Haski, ainsi que le classique Le Dessous des cartes.
Questionner les évidences, écouter les récits de vie et faire un pas de côté
Autant de fils rouges qui traversent le parcours de John Van Den Plas, son enseignement et sa manière d’accompagner les étudiants à l’EPHEC.